14 haches de bronze, Transition Bronze ancien - Bronze moyen, vers 1500 ans avant J.-C.

Bronze.
Provenance : Collection Roger Minjacq.
Don des Amis du musée d'Aquitaine en 2000.

Inv. 2000.11.1 à 2000.11.14

 

En 1976, Roger Minjacq trouva fortuitement un dépôt de 34 haches lors de travaux de terrassement dans une carrière le long de la jalle de Martillac, dans la vallée de la Garonne à une vingtaine de kilomètres au sud de Bordeaux.

Un ensemble de 24 haches - parmi lequel  les 14 exemplaires achetés depuis par l'association - a été étudié par Alain Roussot puis par Julia Roussot-Larroque (1991) qui a montré tout l'intérêt de cette découverte pour la connaissance de la période de transition, encore peu documentée, entre le Bronze ancien et le Bronze moyen.

© Mairie de Bordeaux, Lysiane Gauthier

Cette étude a tout d'abord mis en évidence les caractères morphologiques communs qui se dégageaient de cet ensemble de haches à rebords qui inclut 2 haches-ciseaux, très étroites et élancées. Ce faisceau de ressemblances permet un regroupement sous le nom de " type de Martillac ". Certains de ces traits, comme l'extrémité supérieure échancrée, de caractère oriental, sont quasi absents de la zone atlantique. Ils témoignent de relations Est-Ouest. D'autre part, si les bords concaves et les tranchants élargis sont loin du type médocain, d'autres caractères s'en rapprochent. Ils  feraient des haches de Martillac des prototypes possibles pour les haches médocaines du Bronze moyen avec leur taille pouvant atteindre 20 cm, leur poids élevé et le martelage décoratif des plats et des flancs.

" Le dépôt de Martillac occupe ainsi une position clé, à un moment où les influences d'Europe centrale contribuent, jusque dans la basse vallée de la Garonne, à la formation de types proprement régionaux du Bronze moyen qui vont se dégager progressivement de leurs modèles."(p. 41)

L'analyse métallographique du bronze a montré que les teneurs des différents composants de l'alliage varient selon les haches alors qu'au Bronze moyen ces pourcentages deviennent plus stables. Le composant principal de l'alliage est le cuivre (92 à 84,6 %), sec, dur et difficile à fondre. L'adjonction d'étain en augmente la dureté, le rend plus fusible et malléable à chaud et donc plus fluide à la coulée ; sa teneur varie de 4,4 à 13 %. Au Bronze moyen, les haches seront plus riches en étain mais plus pauvres en arsenic, utilisé comme  durcisseur. A Martillac, la teneur en arsenic varie de 2 à 0,15 %. Le métal contient aussi des impuretés : nickel, antimoine, plomb, argent et bismuth.

Le minerai concassé était chauffé dans un creuset à environ 1100°, amené à ébullition et coulé dans des moules généralement bivalves. La hache était ensuite ébardée. Le martelage à froid durcissait le bronze, aplatissait les tranchants en même temps qu'il permettait la réalisation d'un décor de cannelures sur les plats ou de facettes sur les flancs avant le polissage et l'aiguisage.

"Le dépôt de Martillac apporte une information bienvenue sur une période encore mal connue en Aquitaine. Le bon marqueur chronologique et culturel qu'est la hache-ciseau le situe précisément à la transition Bronze ancien-Bronze moyen, correspondant dans nos régions à la phase initiale de la civilisation des Tumulus des régions de l'Est, ce que confirment les analyses spectographiques du métal. Il permet d'identifier, sur la base d'un échantillon suffisant, un type de haches qui n'avait pas été isolé jusqu'ici, n'étant représenté que par de trop rares trouvailles. Il éclaire ainsi d'un jour nouveau les antécédents du Bronze moyen en Aquitaine, particulièrement en Gironde."(p. 48)

C.B.

Bibliographie

Roussot-Larroque Julia ,"Le dépôt de Martillac (Gironde) et la transition Bronze ancien-Bronze moyen en Aquitaine", in Revue Archéologique de Bordeaux, tome LXXXII, année 1991, p. 31 à 52.