Cordon de maître, Bordeaux, 1815-1855.

Soie, velours, perles, passementerie, pailleté. H. 75 cm, L. 10,5 cm.
Provenance : vente aux enchères.
Don des Amis du musée d'Aquitaine en 2007.

Inv. 2007.9.4

 

 

L'écharpe moirée bleue porte 4 registres de décorations. Au sommet, l'étoile flamboyante à 5 pointes en velours rouge frappée du G, dardant des rayons de ses angles rentrants, entourée de 5 petites étoiles. En dessous, un soleil rayonnant, surmonté des signes alchimiques de 4 métaux, apparaît entre les colonnes en velours noir frappées des lettres J et B , coiffées d'une fleur rouge et posées sur un degré à 5 marches. Puis une branche d'acacia fleurie , une houppe dentelée à lacs d'amour enlaçant un compas posé sur une équerre à laquelle pend un niveau, au centre la lettre M au-dessus des  . Dans la partie inférieure, 7 larmes d'argent et 2 branches  d'acacia fleuries disposées en couronne autour d'une tête de mort avec des os en sautoir. Enfin, une rosette rouge lie les 2 pans de l'écharpe.

Le cordon est l'ensemble des décorations du "décor" et se porte soit en sautoir pour les grades supérieurs, indiquant une fonction officielle, soit comme ici en écharpe, rappel du baudrier soutenant l'épée, apanage des nobles sous l'ancien régime mais porté sans distinction sociale par les francs-maçons, signe de l'égalité entre tous. Le port de l'épée se perdant, il n'en subsiste que le baudrier, simple écharpe de couleur bleue dans le rite français, constellée de symboles et portée de l'épaule droite au flanc gauche avec un insigne maçonnique suspendu à son extrémité. Alors que le port du tablier est rituel, celui de l'écharpe n'est pas obligatoire; bien que réservé aux maîtres, les apprentis et compagnons peuvent se "décorer" au grade de maître lors des tenues blanches (séances de travail).

Entouré de 5 étoiles, le pentagramme, très ancien symbole repris par l'école pythagoricienne, est symbole d'amour harmonieux et régénérateur. Sa lumière est l'image de l'homme régénéré, de l'initié parfait rayonnant comme la lumière dans les ténèbres. En son centre, la lettre G à la signification énigmatique : Géométrie, Génération, Gravitation, Génie, Gnose mais aussi God ou Grand Architecte de l'Univers.

 

 

© Mairie de Bordeaux, Lysiane Gauthier

 

 

Le motif suivant témoigne des liens qui existent entre la maçonnerie ésotérique et l'alchimie mystique dont le but est la transmutation de l'âme, l'éveil spirituel. Au-dessus du Soleil, les symboles alchimiques des métaux : le mercure, le plomb, l'étain et l'antimoine qui correspond à l'avant-dernière étape dans la recherche de l'or philosophal et représente un état proche de la perfection dans l'évolution de l'être. L'ultime phase dans le processus de transformation du plomb en or pourrait être représentée par le Soleil.

Dans l'initiation au 3° degré, à la question "si un maître était perdu où le trouverions-nous ?" la réponse est "entre l'équerre et le compas". Le signe M  pour le mot maître matérialise la position centrale où il synthétise la réunion de ces deux symboles indissociables, l'union de l'esprit et de la matière mais au terme de l'initiation, l'esprit transcende la matière et le compas est posé sur l'équerre. A celle-ci est suspendu le niveau qui indique l'horizontalité et représente la parfaite égalité qui doit régner entre les maçons, l'équité sociale qui est la base du droit naturel.

La branche d'acacia, unie ici à la houppe dentelée, se retrouve dans le dernier motif représentant le thème central de l'initiation au grade de maître : le meurtre de l'architecte de Salomon, Hiram, par les trois mauvais compagnons (ignorance, fanatisme et ambition) qui voulaient lui soutirer le mot secret de maître. Il est représenté par le crâne, les os et les larmes d'argent, signes de tristesse. La couronne d'acacia, bois dur et imputrescible planté sur la tombe d'Hiram, est symbole de renaissance et d'immortalité. L'initié doit d'abord mourir pour renaître investi des qualités du maître : savoir, tolérance et détachement.

 

C. B.


Bibliographie

Bayard Jean-Pierre, Symbolisme maçonnique Traditionnel, I, les loges bleues, II, les Hauts grades, 5° édition, Edimat, Paris, 1987.

Besuchet de Saunois Jean-Claude, Précis de l'Ordre de la Franc-maçonnerie depuis son introduction en France jusqu'en 1829, Rapilly librairie, Paris, 1829.

Boucher Jules, La Symbolique maçonnique, Dervy, Paris,1948.

Coutura Johel, La Franc-maçonnerie à Bordeaux (XVIII°-XIX° siècles), Editions Jeanne Laffitte, Marseille, 1978.

Coutura Johel, Cavignac Jean, ""La Franc-maçonnerie en Gironde, in bulletin de l'I.A.E.S n° 17/18, 1° semestre 1974.

Doré André, Petit lexique  maçonnique en forme de dictionnaire à l'usage des Loges et des Franc-maçons que la Maçonnerie intéresse, Collection de l'Institut de Recherches et d'Études Maçonniques IDERM, Paris, Edimaf, 1986.

La Franc-maçonnerie, exposition présentée au musée d'Aquitaine du 11 juin au 16 octobre 1994, Bordeaux, 1994.

Lhomme Jean, Maisondieu Édouard, Tomaso Jacob, Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie, Éditions du Rocher, Jean-Paul Bertrand Éditeur, 1993.

Morata Raphaël, Les objets de la Franc-maçonnerie, Ch. Massin éditeur.

Musée de la Franc-maçonnerie, Collection du Grand Orient de France, Beaux Arts Magazine, hors-série.