Pendule "au Nègre", modèle de Jean-André Reiche (1752-1817), époque Empire.

Bronze doré et patiné. Email blanc. H.33cm, L. 27cm, prof. 11cm. Mouvement fin XVIIIe, suspension à fil, sonneries aux heures et aux demies, échappement à ancre, autonomie de marche de 8 jours. Aiguilles fleurettes en bronze doré.
Provenance : achetée en 2009 à Thomas Vicaï, antiquaire à Paris.
Don des Amis du musée d'Aquitaine en 2009.

Inv. 2009.4.1

© Mairie de Bordeaux, Lysiane Gauthier

Jean-André Reiche, fils d’un cafetier de Leipzig, est né en 1752, son patronyme s’écrit alors Reich (Arch. nat. Min. cent. XXII 100, 23 novembre 1793). Comme de nombreux ébénistes allemands, il s'installe à Paris sous le règne de Louis XVI et devient maître fondeur le 14 juin 1785 (Arch. nat. Y 9334). Il ne quittera pas la rue Notre-Dame de Nazareth. Dessinateur, créateur de modèles (plusieurs sont conservés au Cabinet des estampes de la BNF), il se fit une spécialité des boites de pendules à sujets et eut une production très abondante.

La fabrication d’une pendule à sujet demande l’intervention de plusieurs corps de métier : l’ornemaniste dessine le modèle, le fondeur, le ciseleur, le doreur qui applique la dorure au mercure puis l’horloger y insère le mouvement. La suppression des corporations en 1791 ayant permis la création d'établissements regroupant  différents métiers, J-A Reiche réunissait, en 1805, dans ses ateliers de la rue Notre-Dame de Nazareth, une fonderie, des ateliers de tourneurs, ciseleurs, doreurs, monteurs et marbriers. Il sera fournisseur de l’empereur. Il meurt le 18 mars 1817 à l’âge de soixante-cinq ans, laissant son fonds à son fils ainé Jean Reiche.

Le jeune nègre aux yeux d'émail, torse et pieds nus, est vêtu d'un pantalon à pont. Ses bras sont ceints de bracelets de bronze doré bordés de motifs de perles. Leur présence n’est pas uniquement décorative mais surtout fonctionnelle, permettant de masquer la jonction des éléments. En effet, les différentes parties du corps s’assemblent et les bras sont rapportés sur le torse, lui-même fixé comme les pieds sur le pantalon aux plis profonds. Penché en avant, la jambe droite repliée pour prendre appui sur le sol, il fait rouler devant lui un tonneau où s'inscrit le mouvement dont le cadran en émail blanc est mis en valeur par une frise de palmettes. Le jeune homme semble surpris dans son travail mais, si le mouvement est réaliste et traduit l’effort, le visage, mis en valeur par les cheveux bouclés, est tout en rondeur, très doux et ne montre aucune tension.

Le socle rectangulaire à pans coupés repose sur quatre pieds en forme de cloche. Il est décoré de motifs rapportés : couronne de fleurs sur les petits côtés, aigle sur les pans coupés. Sur la face antérieure, la composition en frise met en valeur les richesses des îles et le négoce maritime : caisse, tonneau et ballots où s'est posé un perroquet à huppe, s'entassent devant une ancre appuyée sur deux branches de palmier entrecroisées portant de beaux fruits.

A l’exception de rares exemples, la représentation du nègre sur les pendules, apparaît vraiment à la fin du XVIIIe siècle. Ce terme désigne indifféremment le Noir d’Afrique, l’Indien d’Amérique et le Noir réduit en esclavage.  A côté des sujets inspirés des romans à la mode, les pendules déclinent le thème des noirs au travail sur le modèle des petits métiers : nègre poussant une brouette, portant sur son dos une balle de coton, un panier de café qu’il déverse en se penchant, poussant un tonneau. Mais aussi, la figure plus statique du matelot accoudé qui attend de louer ses services sur le port, la nourrice africaine, le chasseur ou la chasseresse, le nègre fumeur... Désormais le cadran apparait noyé dans le sujet, inscrit dans un ballot, un panier ou, comme ici, dans un tonneau. Il n’occupe pas le centre de la composition et la recherche de l’ornement supplante l’intérêt pour la perfection du mécanisme.

Ce "Nègre au travail", poussant un tonneau pour le charger sur un navire est, comme ses multiples déclinaisons, un témoin du goût de l'exotisme qui imprègne l'art et la littérature mais il est toujours vu à travers le prisme de l'idéalisation, le visage lisse et détendu malgré l'effort physique. Ce sujet permet également un jeu esthétique entre les volumes pleins du corps et la ciselure du bronze doré, entre la peau sombre et l'or du bronze.

C. B.

Bibliographie

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